Dans un épisode de Southpark, Kyle déclare : "Disintegration is the best album everrr!" Comme quoi, les personnages de Southpark ne disent pas que des conneries.
Souvent défini comme l'un des albums les plus sombres de l'oeuvre de Cure, Disintegration n'est pas si ténébreux que cela. Plutôt que de noirceur, il faudrait parler de grisaille, cette même grisaille qui envahit le ciel et nos âmes par un jour pluvieux de novembre. D'ailleurs, la pluie occupe une part importante de cet album, dans Prayers For Rain, où Robert Smith l'appelle de ses vœux dans l'espoir qu'elle vienne laver son mal-être, mais aussi dans toutes les autres chansons de cet album, à travers la basse six-cordes dont Robert Smith se sert comme d'une guitare et dont le son rappelle les gouttes d'eau, et tous les autres instruments aquatiques qui y foisonnent.
Souvent défini comme l'un des albums les plus sombres de l'oeuvre de Cure, Disintegration n'est pas si ténébreux que cela. Plutôt que de noirceur, il faudrait parler de grisaille, cette même grisaille qui envahit le ciel et nos âmes par un jour pluvieux de novembre. D'ailleurs, la pluie occupe une part importante de cet album, dans Prayers For Rain, où Robert Smith l'appelle de ses vœux dans l'espoir qu'elle vienne laver son mal-être, mais aussi dans toutes les autres chansons de cet album, à travers la basse six-cordes dont Robert Smith se sert comme d'une guitare et dont le son rappelle les gouttes d'eau, et tous les autres instruments aquatiques qui y foisonnent.
Certains albums, comme certains enfants, arrivent plus ou moins par hasard. Dans le cas de Distintegration, c'est tout le contraire : c'est un album voulu, désiré par Robert Smith, qui l'a méticuleusement construit avec un objectif particulièrement ambitieux : publier le chef d'oeuvre de sa carrière avant d'avoir trente ans, pour imiter les idoles de sa jeunesse. Et il faut bien avouer qu'il y a réussi. Disintegration est devenu rapidement le mètre-étalon avec lequel on juge non seulement touts les albums des Cure, mais aussi tous les artistes s'aventurant sur les mêmes territoires de romantisme noir.
De tous les albums des Cure, Disintegration est très certainement le plus cohérent (à l'exception peut-être du monomaniaque Pornography, oppressant du début à la fin) et probablement le plus travaillé. Toute l'organisation de cet album relève d'une architecture précise, pensée, un enchaînement des morceaux si bien calculé qu'on a du mal à quitter le navire une fois embarqué. Contrairement à bien d'autres albums des Cure, Disintegration ne propose aucun tube pop qui risquerait de rompre l'ambiance mélancolique du disque.
Dès les premières notes, le ton est donné. Plainsong ouvre l'album avec des allures de célébration religieuse, les claviers se prennent pour des grandes orgues, les guitares égrennent les notes comme une nonne égrenne les perles de son chapelet, la voix de Smith se fait attendre pendant de longues minutes avant d'arriver chargée d'échos. La prise de risque est énorme : cette solennité est présente tout au long de l'album (et plus particulièrement sur des morceaux comme Closedown, The Same Deep Water As You ou Prayers For Rain) à tel point que le disque peut paraître emprunté, voire prétentieux. Ce style fera d'ailleurs de nombreux émules dans les années 1990 chez les groupes de rock gothiques, qui n'auront de cesse d'aller encore plus loin, quitte à sombrer dans le ridicule le plus complet. Mais Disintegration évite cet écueil, probablement parce que derrière ces arrangements un peu pompeux se cachent des mélodies imparables et des textes particulièrement travaillés.
Car Robert Smith a des choses à dire, et il sait comment les dire pour toucher l'auditoire. Sur le fond, rien de nouveau : ce sont des histoires d'amour, heureuses ou malheureuses (et souvent les deux), des complaintes sur le mal-être, des réflexions sur le temps qui passe. C'est un peu le fond de commerce des Cure, et ce depuis Seventeen Seconds. Mais étrangement, alors même qu'il réutilise les mêmes thèmes, voir les mêmes champs lexicaux que dans ses précédents albums, Robert Smith parvient à nous faire croire que tout est nouveau, très certainement parce que ses textes n'ont jamais été aussi longs et travaillés. Des morceaux fleuves comme Pictures of You ou la chanson qui donne son nom à l'album, Disintegration, proposent une construction progressive, des références littéraires subtiles et une grammaire plutôt élaborée pour un groupe anglo-saxon. On sent bien que ces textes ne sont pas de simples lyrics posés sur la musique, et qu'ils ont été rédigés indépendamment des partitions.
Mais à qui s'adresse Smith ? C'est là le grand mystère. Le "you" qu'il emploie à tours de bras, est-ce Mary son épouse, une amante imaginaire, l'auditeur, le public, le monde ? Smith joue avec cette ambiguité, et ne cesse de semer le doute. Dans la chanson Disintegration, parle-t-il d'une rupture amoureuse ou de la mise à mort de son groupe ? Mais ce flou participe à l'intérêt de l'album, car la lecture qu'on peut en faire est différente à chaque écoute, et chacun y prend ce qu'il veut bien y voir. On se l'approprie, on s'y emmitoufle.
Musicalement, c'est un peu la même chose. Si les partitions n'ont rien d'héroïque, les mélodies sont entêtantes, et chaque instrument se fait clairement entendre, et donne à l'album un son cristallin étonnant. (Encore plus étonnant, le groupe parvenait à retrouver ce son en concert lors de la tournée correspondante). La batterie se fait régulièrement entêtante, les claviers quittent leur rôle traditionnel de seconds couteaux pour passer au premier plan (Closedown, Untitled), les effets sonores et arrangements envahissent le moindre morceau pour le couvrir de fioritures romantiques : clochettes, bruit de la pluie...
Aujourd'hui sans doute, Disintegration serait arrangé bien différemment. Les effets spéciaux disparaîtraient certainement, les claviers s'effaceraient au profit de guitares plus rock. C'est par ailleurs un peu comme cela que les Cure le jouent aujourd'hui sur scène (et les chansons de cet album constituent une part non négligeable de leurs playsets), montrant bien qu'au-delà des arrangements sophistiquées, les chansons de Disintegration se tiennent toutes seules.
Au final, que reste-t-il de Disintegration ? Est-il encore intéressant d'écouter cet album près de 25 ans après sa publication ? Difficile à dire. Tout le monde s'accorde à y voir un album culte (je préfère le qualifier de classique). Pour quelqu'un de moins de trente ans, l'album pourra paraître désuet, voire surané, et sonnera très certainement "so eighties". D'une certaine manière, Disintegration constitue le chant du cygne des années 80, la conclusion logique de la new wave, et rassemble tout ce qui a pu caractériser la musique pop sombre de cette décennie. Après Disintegration, il devenait difficile d'aller plus loin dans la même voie, et les Cure eux-mêmes ont dû se réorienter, de peur de se caricaturer eux-mêmes (ils ont laissé cette place au rock gothique).

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire